Une figurante espère changer de statut auprès de Sandrine Kiberlain dans Ni vue, ni connue
Le film de Marc Fitoussi réunit Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain autour d’une amitié improbable. Leur rencontre révèle surtout la distance qui sépare l’anonymat de la célébrité sur un même plateau.
« Ni vue, ni connue » sort dans les salles le 7 octobre, pour une durée de 1 h 55.
Ces deux données situent immédiatement la proposition de Marc Fitoussi. Le film prend pour personnage central Corinne Maclou, une figurante qui passe de tournage en tournage en espérant être remarquée. Son objectif n’est pas seulement de rester visible quelques secondes à l’arrière-plan. Elle attend le rôle qui lui permettrait de quitter l’anonymat et de changer de place dans le milieu du cinéma.
Le récit ne décrit donc pas une ascension déjà accomplie. Il se place au niveau de celle qui attend encore sa chance, travaille sur les plateaux sans accéder au statut auquel elle aspire et dépend du regard de personnes mieux installées. Cette position donne à l’histoire son enjeu concret, au-delà de la proximité familière des décors de tournage.
Corinne Maclou, une figurante qui cherche à franchir la frontière du cadre
Corinne Maclou appartient au cinéma tout en restant à sa périphérie. Elle participe aux films, mais sans obtenir la reconnaissance associée aux premiers rôles. L’enchaînement des tournages exprime ce paradoxe : elle est régulièrement présente dans cet univers, sans que cette présence lui garantisse une progression.
Le personnage ne cherche pas simplement un nouvel engagement de figurante. Il espère décrocher un rôle à part entière. Cette nuance organise le point de départ du film, car elle sépare l’activité qu’exerce Corinne de la carrière qu’elle voudrait construire. Chaque plateau peut devenir une occasion d’être repérée, mais aucun ne constitue à lui seul la promesse d’un changement de statut.
Selon IDBOOX, Corinne multiplie précisément ces expériences dans l’attente d’une occasion qui la ferait accéder à un véritable rôle. Ce moteur narratif donne une forme immédiate à l’inégalité étudiée par le film : certains visages occupent le centre du cadre, tandis que d’autres doivent encore lutter pour ne plus se confondre avec le décor humain d’une scène.
La rencontre avec une star déplace les espoirs de Corinne
Le récit change de direction lorsque Corinne rencontre le personnage de Sandrine Kiberlain. Une relation se noue entre elles, rapprochant deux femmes qui évoluent dans le même secteur sans y disposer du même statut. L’une cherche encore à se faire reconnaître. L’autre se trouve du côté de la célébrité, avec la visibilité et les avantages qui l’accompagnent.
La Provence décrit leur lien comme une amitié improbable entre une star et une figurante. Cette qualification souligne moins une opposition de tempéraments qu’un écart de position. Les deux personnages peuvent partager des lieux de travail et développer une proximité personnelle, mais elles n’entrent pas sur un plateau avec le même pouvoir ni les mêmes perspectives.

Pour Corinne, cette rencontre se charge inévitablement d’un espoir professionnel. Une star peut apparaître comme un relais vers le rôle tant attendu, parce qu’elle possède une reconnaissance et un accès dont la figurante est privée. La relation repose ainsi sur deux dimensions simultanées : l’amitié qui se construit et l’attente de Corinne, qui voit dans ce rapprochement une possibilité de sortir enfin de l’arrière-plan.
Ce décalage évite de réduire leur rencontre à la simple association de deux actrices connues. Dans le récit, chacune occupe un niveau distinct de l’organisation cinématographique. Leur rapprochement confronte directement la personne qui espère être choisie à celle dont le nom suffit déjà à définir une place centrale.
La hiérarchie du cinéma observée depuis le bas de l’échelle
À travers Corinne, « Ni vue, ni connue » examine le milieu depuis une position rarement dominante dans les récits consacrés aux plateaux. Marc Fitoussi associe cette perspective à trois questions précises : la hiérarchie, les privilèges et les injustices. Elles prennent corps dans l’écart entre les deux femmes plutôt que dans une description générale du métier.
La hiérarchie détermine d’abord qui demeure visible et qui doit attendre. Les privilèges apparaissent ensuite dans la capacité d’une personnalité reconnue à peser davantage sur son environnement. Les injustices se lisent enfin depuis la place de Corinne, qui travaille au sein du système sans bénéficier de la considération accordée aux figures les plus célèbres.
L’amitié ne supprime pas automatiquement cette asymétrie. Elle la rend au contraire plus perceptible, car la proximité personnelle met face à face des conditions professionnelles très éloignées. Le film peut ainsi interroger ce qu’une relation change réellement lorsque les positions de départ restent inégales. L’enjeu tient moins à l’accès aux coulisses qu’à la distribution du pouvoir à l’intérieur de celles-ci.
Cette perspective distingue également la célébrité du simple fait d’exercer le métier. Corinne participe aux tournages, mais cette activité ne lui apporte ni la même visibilité ni les mêmes possibilités que celles attachées à une star. Le cinéma apparaît alors comme un espace commun traversé par des frontières internes, où travailler côte à côte ne signifie pas disposer des mêmes chances.
Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain au centre du dispositif
Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain interprètent les deux personnages autour desquels cette exploration s’organise. La première incarne Corinne Maclou. La seconde joue le personnage célèbre que la figurante rencontre. Leur face-à-face porte donc à la fois le mouvement du récit et son observation des rapports de rang.
Le choix de réunir ces deux interprètes ajoute un jeu de perception particulier, puisque le public les connaît comme des figures établies du cinéma français alors que l’histoire demande à Isabelle Huppert d’occuper la place de la figurante. Sandrine Kiberlain se trouve, pour sa part, associée à un personnage portant son nom, tout en demeurant un personnage de fiction distinct de sa personne.
Le film rassemble aussi Anne Marivin, Emmanuelle Bercot, Diane Kruger, Ana Girardot et Vincent Dedienne. Cette distribution élargit la représentation du milieu autour du duo principal. Elle maintient cependant le centre de gravité sur la rencontre entre Corinne et la star, là où l’espoir individuel d’obtenir un rôle se heurte aux différences de statut déjà installées.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Emanuel Pedro. Licence Pexels.
