Pourquoi la musique de Princesse Mononoké laisse de la place au silence plutôt qu’à l’action

Entre orchestre symphonique, sonorités japonaises et silences voulus, la partition de Joe Hisaishi pour Miyazaki doit sa force à une conception très pensée.

Yasmine Ouali Par Yasmine Ouali
3 min de lecture
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Pourquoi la musique de Princesse Mononoké laisse de la place au silence plutôt qu’à l’action
Un violoniste en tenue de concert joue au sein d’un orchestre sur scène, devant un rideau noir, des poinsettias rouges au premier plan.

En bref

  • Princesse Mononoké est sorti en France le 12 janvier 2000.
  • Joe Hisaishi a travaillé à partir d’un image album nourri d’indications, de textes et de poèmes de Miyazaki.
  • Il associe sonorités traditionnelles et grand orchestre symphonique.
  • Deux thèmes se répondent : Ashitaka Sekki et Princesse Mononoké.

Quand le thème principal de Princesse Mononoké se lance, AlloCiné parle de frissons. Le jugement est celui du rédacteur, mais il dit quelque chose de la place que cette partition occupe dans la mémoire des spectateurs, plus d’un quart de siècle après la sortie du film.

12 janvier 2000date de sortie en France
800 000spectateurs en salles, et même davantage

Mis en scène par Hayao Miyazaki, le film est devenu l’un des grands classiques du cinéma d’animation, comme le rappelle AlloCiné. La bande originale est signée Joe Hisaishi, qui donne vie à l’univers du cinéaste.

L’intrigue prend place dans un Japon médiéval. Ashitaka, jeune prince touché par une malédiction, part en quête d’un moyen de rester en vie. Son périple l’amène au centre d’un bois séculaire, où vivent des divinités sous forme d’animaux. Là, il croise San, une jeune fille grandie auprès des loups, animée d’une rancune féroce envers les hommes, et qui défend ce territoire sauvage.

Une partition née d’un album d’images et de lectures

Interrogé par Télérama en 2022, Hisaishi raconte que Miyazaki lui transmettait des consignes, des écrits et, à l’occasion, des poèmes. À partir de ces éléments, un premier album d’images a été conçu afin de nourrir l’imagination de l’équipe du long métrage. Le cinéaste lui a également remis des ouvrages consacrés au Japon médiéval et à ses croyances, ce qui a guidé le compositeur vers des sonorités traditionnelles.

Sentier de terre dans une forêt brumeuse, avec des rayons de soleil entre de hauts troncs, de la mousse, des rochers et des souches.
Une forêt baignée de brume et de lumière, image qui évoque la place du silence dans la musique de Princesse Mononoké, sans montrer le film. Photo : adam rozanski / Pexels

Le compositeur a raconté à AlloCiné, en 2009, ce qui animait alors le cinéaste : « À l’époque où Miyazaki a entamé la production, il se posait énormément de questions sur le devenir du Japon et sur ce que pouvait être l’être humain face à la nature. Il avait envie de revenir aux sources de la culture japonaise », a indiqué Joe Hisaishi, compositeur.

Il précise aussi l’enjeu central de l’œuvre : « Il voulait décrire ces deux mondes qui étaient soit en harmonie, soit en conflit : les humains d’un côté, les Dieux et la nature de l’autre. Il fallait illustrer cette confrontation de façon imposante. » Hisaishi ajoute que, chez Miyazaki, la beauté, la poésie et les interrogations sociales et politiques vont toujours de pair.

Ce que l’on entend dans la musique

  • Un mélange de couleurs. Au lieu d’un folklore tout de suite identifiable, Hisaishi dilue les nuances traditionnelles dans une vaste formation symphonique, où dominent des cordes généreuses et des percussions pleines de force.
  • Deux thèmes complémentaires. Ashitaka Sekki et Princesse Mononoké traversent le film comme deux sensibilités, entre souffle épique et émotion mélancolique.
  • Le silence comme partenaire. Pour le compositeur, la musique n’a pas à lutter en permanence contre l’image : elle doit au contraire lui ménager de la place pour respirer.
  • Pas de musique de combat littérale. Plutôt que de illustrer les affrontements, il a choisi d’exprimer ce que l’on éprouve une fois la violence passée, avec une sensibilité presque funèbre.

Hisaishi résume son ambition ainsi : « Je voulais aussi composer une musique qui soit à la fois profonde, intime, psychologique, et qui en même temps dépeigne toute la grandeur du monde qui est représenté dans le film ».

D’après AlloCiné, cette façon de faire explique la richesse émotionnelle de la partition : celle-ci n’impose aucun sentiment précis, mais installe un territoire où cohabitent émerveillement, tristesse et espoir.

Photo : Roxanne Minnish / Pexels