Plus de 170 cinéastes jugent le projet de budget 2027 dangereux pour le cinéma français
Hausse de la TVA de Canal+, coupe à France Télévisions, les signataires de la tribune parue dans Le Monde chiffrent ce que perdrait la création française.
En bref
- La tribune réunit 174 signataires, dont les frères Dardenne, Jacques Audiard et Justine Triet.
- Deux mesures du projet de budget 2027 sont visées, côté public et côté privé.
- Les signataires réclament une « loi cinéma » couvrant notamment l’intelligence artificielle et le CNC.
Plus de 170 cinéastes ont publié le mercredi 14 octobre, dans Le Monde, une tribune contre le projet de budget 2027, qu’ils jugent dangereux pour le cinéma français.
Le texte, dont Le Figaro a détaillé les arguments, porte la signature de plusieurs anciennes Palmes d’or. Sa crainte tient en une formule que les auteurs placent au centre de leur alerte.
« Le nouveau projet de loi de finances risque de provoquer un effacement sans précédent du cinéma français de nos écrans »
Les signataires de la tribune
Deux piliers touchés en même temps
Pour les cinéastes, l’argent du cinéma hexagonal provient de deux sources, l’une publique, l’autre privée, et le projet de loi de finances s’attaque aux deux à la fois. Côté public, ils dénoncent la baisse de la dotation versée à France Télévisions. Côté privé, ils visent le doublement du taux de TVA appliqué à Canal+, une mesure qui n’est encore qu’une proposition budgétaire.
Canal+, France Télévisions et l’accord du 28 juillet
La mesure fiscale pèserait d’abord sur le premier partenaire privé du secteur. Maxime Saada, qui dirige Canal+, a chiffré le coût du doublement, s’il était voté.
Les signataires estiment que la hausse de TVA ruinerait de fait cet accord interprofessionnel conclu cet été. Le tableau ci-dessous reprend les autres éléments avancés.
| Élément | Ce qu’en disent les acteurs |
|---|---|
| France Télévisions | Un budget de nouveau amputé de 47 millions d’euros en 2027, selon la tribune |
| Films coproduits par Canal+ | Environ 100 par an au titre de l’accord, d’après les organisations professionnelles |
| Effet de la TVA | Une baisse jugée automatique des moyens de la création, selon les signataires |
Le calcul des 400 films
Le chiffre le plus frappant de la tribune découle de ces projections. Les auteurs affirment que les deux mesures pourraient faire disparaître 80 films par an. Étalée sur cinq ans, la même logique les conduit à écrire que 400 films ne verraient jamais le jour. Il s’agit d’estimations formulées par les signataires eux-mêmes.
Pour mesurer l’enjeu, ils rappellent le poids économique du secteur : selon eux, le cinéma représente 260 000 emplois directs et indirects en France, pays qu’ils placent au troisième rang mondial pour la production et l’exportation de films.
Une « loi cinéma » réclamée
Au-delà de la contestation budgétaire, le texte formule une demande législative. Les cinéastes veulent une « loi cinéma » qui permettrait de :
- pérenniser la chronologie des médias ;
- encadrer l’intelligence artificielle ;
- repenser le financement de l’audiovisuel public ;
- protéger les moyens et les missions du CNC.
Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels
